Suite à l'audit réalisé au Sporting et le passage devant la Direction Nationale de Contrôle et de Gestion de la LFP mardi dernier, le président Charles Orlanducci et le Directeur des Services Jean Giambelli ont fait un point presse avec le quotidien régional Corse-Matin.
Ils ont évoqué les résultats et conséquences de l'audit ainsi que le rappel à l'ordre de l'organisme de contrôle financier qui souhaite que les efforts soient poursuivis afin de présenter au mois de juin des comptes à l'équilibre, faute de quoi le Sporting serait rétrogradé en National.
Toujours confronté à des problèmes financiers malgré plusieurs coupes sombres déjà opérées dans le budget, le Sporting est entrain de réduire ses effectifs (services administratifs et encadrement sportif) d'un tiers, puisque le nombre de salariés passera d'ici le début de l'année 2007 de quarante-deux à vingt-huit. Quatorze personnes font l'objet d'une procédure de licenciement : huit pour raisons économiques, trois contrats à durée déterminée (CDD) sont arrêtés et trois postes abandonnés. « Sur l'ensemble, cinq salariés ont refusé une nouvelle affectation » précise Jean Giambelli.
Ces mesures ont été décidées à l'issue d'un audit effectué auprès du personnel par la société Altesia qui a son siège à Vico et des bureaux boulevard de l'Opéra à Paris. «En tout on a travaillé deux mois. On a eu plusieurs entretiens avec tous les salariés, ce qui nous a permis d'évaluer l'ensemble de l'organisation de fonctionnement, de définir les besoins en postes, d'établir une cartographie des compétences et du degré d'adhésion aux valeurs de l'entreprise de chacun» explique Mireille Julien qui a réalise cet audit. Au bout du compte, si l'on veut permettre un meilleur fonctionnement et un meilleur rendement, il est apparu nécessaire de restructurer l'ensemble du secteur administratif. De redistribuer des rôles, d'externaliser certains services et, d'une manière plus générale, de mieux utiliser et contrôler le temps de travail. En parallèle, on va proposer une formation continue et mettre en place une vraie politique de ressources humaines ».
Jean Giambelli explique à son tour : « Cette réorganisation et les mesures de licenciement qui vont avec ne se fera pas sans des grincements de dents mais si l'on veut éviter des problèmes plus sérieux à l'avenir et se donner une chance de tenir nos engagements et plus particulièrement de pérenniser le club, il faut obligatoirement en passer par là. C'est un moment douloureux pour beaucoup et bien sûr on n'a pas pris ces décisions de gaieté de coeur, mais on n'avait pas le choix. Sans viser personne en particulier, peut-être que ceux qui nous ont précédé avaient de bonnes raisons d'agir ainsi et peut-être aussi qu'à leur place on aurait fait pareil en leur temps » glisse-t-il au passage. Charles Orlanducci dit vouloir « couper avec le passé, poursuivre l'entreprise de rénovation entamée à l'intersaison avec la nouvelle équipe dirigeante et engager résolument le club dans une autre voie. A quelque niveau que ce soit, les décisions ne peuvent plus être prises par une ou deux personnes ». Dans l'immédiat, cette réduction de personnels va générer un abaissement de la masse salariale de 281.000 ¤ pour les six mois à venir, alors que le coût de la procédure (indemnités de licenciements) est estimée à environ 40.000 ¤.
Les services externalisés :
Parmi les services externalisés - c'est-à-dire confiés à des entreprises privées -celui de l'entretien des terrains (Furiani, Igesa, Dinelli, Borgo). Pour l'heure, le club emploie quatre personnes à cette tâche : un greenkeeper et trois jardiniers. « On est en train de négocier un contrat avec la société Parcs et Sports de Lyon, qui a plus particulièrement en charge l'entretien du Stade de France et des terrains de quinze clubs pros, précise Jean Giambelli. Les quatre salariés du club seraient à l'avenir employés par cette société qui déléguerait régulièrement sur place un de ses techniciens pour donner les consignes et contrôler le travail ». L'entretien des tribunes, des bureaux du stade et du centre de formation a été confié à une entreprise privée locale. Au même titre qu'une partie de la lingerie. Les boutiques du club ont été données en location-gérance.
Le nouvel organigramme
J.Giambelli (directeur des services). J.F. Paolacci (directeur administratif et financier).
Services généraux, intendance et sécurité : A. Muchielli (intendant), J.F. Puccini (responsable sécurité), R. Berettini (technicien de maintenance), M. Santiago (lingère), R. Johnson, J. Santiago, J.L. Foata, A. Pietrelle (entretien des terrains).
Service commercial et communication : M.P. Rossi (commerciale), J.P. Banghala (assistant de communication).
Service administratif et financier : J. Santini (chef-comptable), S. Fendeler (comptable), C. Pietrucci (assistante chargée de la billetterie).
Secrétariat général : F.Gomes (assistance courses et achats).
Coordinateur sportif : J. Bonavita (bénévole).
Mardi dernier, Charles Orlanducci (président du conseil de surveillance), Jean Giambelli (président du directoire) et Jean-François Paolacci (directeur financier), ont répondu à une convocation, à Paris, de la Direction Nationale de Contrôle et de Gestion.
Plus qu'une invitation à poursuivre les efforts entrepris, les dirigeants bastiais ont fait l'objet d'un rappel à l'ordre, assorti d'une mise en garde : si le Sporting ne présente pas des comptes à l'équilibre en juin, il sera rétrogradé en National.
Le Président Charles Orlanducci s'explique :
Quelle est la situation financière actuelle du club ?
« Elle est conforme à nos prévisions. On savait qu'on aurait des difficultés, du fait notamment que certains produits restent aléatoires. Un exemple : on n'a toujours pas réalisé les 150.000 ¤ budgétisés au titre du sponsoring. Et nous ne sommes pas sûrs de percevoir les primes de 150.000 ¤ prévues dans les accords de transferts de Penneteau et Haas. On savait au départ que le compte d'exploitation serait déficitaire, de l'ordre de 1,3 M¤. »
Comment présenter un budget à l'équilibre en juin ?
« Déjà, près de la moitié du déficit sera couvert par les bénéfices réalisés au précédent exercice après transferts, soit 600.000 ¤. Pour le reste, il faudra vendre des joueurs comme les autres années, et poursuivre la politique de restriction budgétaire engagée à l'intersaison. »
La réduction des effectifs ne suffira pas. Dans quels secteurs et comment réaliser de nouvelles économies ?
« Dans tous les secteurs, y compris le sportif. L'engagement d'un joueur en janvier était inscrit au budget, c'est annulé. On va donc économiser la somme prévue à cet effet. Et puis il y aura sans doute d'autres suppressions de poste d'ici juin. »
Le club peut-il demander aussi un effort aux joueurs, ses salariés les mieux payés ?
« D'abord, je vais les rencontrer avant le match de coupe dimanche à Cannes, pour leur dire qu'on attend beaucoup plus d'eux que ce qu'ils nous ont montré vendredi contre Gueugnon. Après, on verra comment ils pourraient participer à l'effort général. »
Que risque le SCB s'il ne tient pas ses engagements ?
« Je vais être très clair : si l'on ne fait pas ce qu'il faut pour présenter un bilan à l'équilibre, on sera rétrogradé en National et personne ne pourra rien pour nous. La DNCG nous a fait confiance et n'ira pas plus loin. La menace est réelle. »
Des départs sont-ils programmés pour le mercato de janvier ?
« Il n'est pas nécessaire de vendre des joueurs le mois prochain, mais la porte ne sera fermée à personne. Si des opportunités se présentent on les étudiera (cf Camadini). Ce qui est sûr en revanche, c'est qu'il faudra vendre en juin. »
Le club ne recrutera donc pas ?
« S'il y a des départs ils seront compensés, mais pas avec des salaires du même niveau. »
Au risque d'affaiblir l'équipe ?
« Il faut savoir ce que l'on veut, sauver le club d'une relégation administrative ou continuer à lui faire courir un grand danger ? Si on était encore en course pour la montée la stratégie aurait été autre. Là ce n'est plus le cas.
Les années passent et les problèmes financiers demeurent. N'est-ce pas le signe d'une mauvaise gestion ?
« Pas exactement, même s'il est évident que le club n'a pas toujours fonctionné comme il aurait dû, c'est-à-dire comme une entreprise. Il y a deux ans, il avait fait un effort particulier en recrutant Karembeu et Ziani dans l'espoir d'éviter la relégation. Pareil l'an passé et à l'intersaison dernière, avec cette fois l'espoir de remonter. Ça n'a pas marché. Non seulement on va arrêter là, mais le budget de la prochaine saison sera revu à la baisse. Sans cela le club serait condamné. »
Avec le budget ce sont aussi les ambitions qui seraient revues à la baisse ?
« On va avoir les ambitions de nos moyens, et ne plus vivre au-dessus de nos moyens. On est en L2 et on ne peut pas continuer à payer des salaires de L1. »
Espérez-vous une aide des institutionnels ?
« Jusqu'à présent la Région nous versait une subvention de fonctionnement de 182.000 ¤ plus 153.000 au titre de la communication, et le Département 280.000 ¤. On espère que ces aides seront reconduites. On a également fait une demande auprès de la mairie de Bastia, sur la base de la subvention attribuée précédemment, soit 305.000 ¤. Il faut savoir que la municipalité ne donne plus rien depuis deux ans. L'année se termine et on n'a toujours pas eu de réponse. On aimerait bien être fixés rapidement. Paradoxalement, on bénéficie d'un soutien franc et massif de l'Etat qui a débloqué 1,6 M¤ dans le cadre du PEI pour nous permettre de terminer le nouveau centre de formation de Borgo. »
Au-delà des mesures qui sont prises pour répondre aux difficultés du moment, le club ne doit-il pas mettre en place une nouvelle stratégie sur le long terme ?
« C'est tout le sens de notre démarche. Des efforts ont été faits mais ils sont insuffisants. Les mesures prises ne serviraient à rien si le problème n'est pas abordé au fond : à savoir gérer le club comme une véritable entreprise avec une stratégie claire et acceptée de tous, où la primauté ne serait pas laissée au seul secteur sportif mais réfléchie avec l'administratif et le financier. Il est indispensable de tracer des perspectives pour les trois ou cinq années à venir. Le club ne peut plus être géré dans l'immédiateté et l'urgence. Il faut anticiper les échéances et raisonner les objectifs, définir les grands axes de travail : quel budget de fonctionnement et en déterminer la meilleure utilisation ? La formation : bilan, perspectives et stratégie de développement ? Moyens mis à dispositions pour atteindre les objectifs ? »
Comment voyez-vous l'avenir ?
« Je suis confiant et motivé. J'ai connu le meilleur et je suis prêt à affronter le pire, avec le concours de l'ensemble des dirigeants et des salariés. L'ambition demeure de pérenniser le club pour retrouver le plus vite possible l'élite. »



